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leandro, céramiques uniques



Dans un pays où la production industrielle domine, Leandro est un des seuls à proposer des céramiques faites mains à Saigon : il s’applique à démontrer que c’est dans l’imperfection et l’unicité que réside la beauté.



 Entretien avec Leandro

 12.11.2018

︎ English version





Les débuts



Ténérife (Îles Canaries)︎ Madrid ︎ Londres ︎ Saigon

« Je suis né à Ténérife, aux Canaries. J’ai ensuite vécu à Madrid puis Londres où j’ai rencontré mon mari. Américain d’origine Vietnamienne, il a été muté à Saigon.

A Saigon, j’ai pris des cours de céramiques avec un professeur japonais ultra inspirant. J’y ai appris les techniques japonaises de fabrication à la tournette : tour de potier que l’on ne peut actionner qu’avec la main.

Je me suis (re)découvert cette passion, jusqu’à postuler pour être assistant puis professeur, pendant 2 ans.

J’ai fabriqué beaucoup de pièces en céramiques. Il y en avait un peu trop chez moi... J’ai décidé de les vendre sur un marché en 2015.
J’ai vendu environ 80% de ce que j’avais produit. C’était le signe que j’attendais pour me lancer et créer  ma marque Hey Camel ! »








Le fait-main au Vietnam : compliqué !



« Il y a encore 3 ans, aucune offre de céramique faite main n’était disponible à Saigon. Uniquement de la production industrialisée, avec des produits répondant à des normes standardisées. Par conséquences, le fait-main avec ses petites malfaçons n’est pas toujours compris : les produits sont parfois perçus comme défectueux !

L’enjeu est de montrer que c’est dans l’imperfection et l’unicité que réside la beauté. Que l’émotion liée au fait-main doit être plus forte qu’une norme standardisée.
Ce que j’adore et ce que je cherche à transmettre, c’est surtout de célébrer la différence ! »








Le procédé pour des produits uniques



 « Pour réaliser mes pièces, je me fournis en argile dans le centre du Vietnam. »





C’est au nord du Vietnam, dans les environs d’Hanoï, que la céramique traditionnelle vietnamienne est née – sous la forme de porcelaine et petits objets.
Historiquement, à Saigon, dans le sud, l’argile est blanche et les produits sont plus imposants : des grosses pièces pour l’intérieur ou l’extérieur (éviers, pots de fleurs géants…Etc.).
Au centre du Vietnam, l’argile est plus brute, plus facile pour l’artisanat.


« Je vais chercher l’émail directement dans les usines de céramiques à Saigon : il n’y a pas encore de magasins fournisseurs pour des petites structures comme la mienne au Vietnam.

Je fabrique chaque produit à la main, le plus souvent à l’aide d’une tournette, pour un rendu unique. Comme l’élan est donné par la main, la vitesse de rotation n’est pas constante et il y a une main qui est moins disponible que l’autre !



Je duplique chaque produit en une vingtaine d’exemplaires, pas plus, qui seront tous différents puisque tournés à la main.

L’émail finit le produit. Je joue avec pour créer des esthétiques différentes, avec du figuratif peint à la main ou de l’abstrait. Je travaille l’émail pour obtenir des teintes proches de la terre. »






Inspirations ancestrales        


« Pour imaginer la forme des céramiques, je puise beaucoup dans l’univers japonais, marocain et vietnamien.

J’ai fait toute une série inspirée de l’esthétisme de la religion Cao Daï : j’ai cherché à travailler autour du symbole de l’œil divin, omniprésent dans le temple Cao Daï à Tây Ninh, près de Saigon. »





La religion Cao Daï est née dans les années 20, dans l’actuel sud du Vietnam. Le principe est que « Toutes les religions ont la même raison » (l’amour et la bonté), et a été révélé par voie de spiritisme. Les Caodaïstes croient en un seul Dieu, l’Être suprême, dont l’esprit s’est manifesté chez divers grands sages comme Mahomet, Jésus, Lao Tseu, Bouddha et Confucius.

Le Caodaïsme est donc un mélange d’influences (= religion syncrétique) entre toutes les religions et certains auteurs de littérature occidentale (comme Victor Hugo ou William Shakespeare par exemple). La tolérance est alors une composante essentielle et vitale dans leurs préceptes.

L’œil ouvert est le symbole principal du Cao Daï : cet œil divin représente l’Être suprême, signifiant son omniprésence. Dans sa pupille, on peut retrouver le symbole du Yin et Yang. Ce symbole se retrouve aussi sur les Autels, ainsi que les 5 éléments de l’univers (le Feu, le Bois, la Terre, le Métal et l’Eau) et les « Trois Précieux Eléments » de l’être humain : du thé, des fleurs et de l’acool qui représentent l’intelligence, l’esprit et l’énergie.  

La religion Cao Daï est bien plus complexe que notre petit paragraphe et regroupe aujourd’hui environ 5 millions d’adeptes.




« J’ai également travaillé autour d’une forme ancestrale de bol de riz. Il a été conçu pendant les temps de famine pour donner l’impression de disposer de plus de riz qu’il n’y en a vraiment. Je l’ai revisitée de façon moderne et j’y ai ajouté de l’argile teintée dans la masse : le trait bleu arrive alors au hasard pendant la formation du bol. »






Aujourd’hui et demain



« Aujourd’hui je vends mes produits en ligne et dans ma boutique atelier à Saigon. J’y organise des ateliers pour sensibiliser les gens au savoir-faire de la céramique.
*pour les amateurs, retrouvez son adresse dans notre city guide si vous passez par Saigon !
Je réalise également des séries sur mesure pour l’hôtellerie-restauration. J’ai constitué une équipe de 5 personnes qui travaillent dans l’atelier.

Mon ambition est de réussir le pari de travailler à plus grande échelle, à exporter les produits Hey Camel tout en respectant la démarche de l’artisanat et l’unicité ! »









Le site d’Hey camel ceramics : ici
Le facebook d’Hey camel ceramics : ici
@heycamelceramics


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Mark
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