︎

Long, le Kid Saigonnais ultra-créatif




Long Cao Hoang se définit comme un artiste visuel. Il explore tout type de support, comme si sa soif d’expérimentation était sans limite. Il va puiser dans ses souvenirs personnels, mais aussi dans l’histoire de l’art et dans la relation de l’Homme avec son environnement. Il offre un regard critique sur nos comportements humains. En parallèle de son activité artistique, Long a créé la marque Con Streetwear afin de pouvoir s’exprimer différemment. Il y explore les relations entre l’enfance, les traditions vietnamiennes et la jeunesse actuelle.


entretien avec Long

10.07.2018

︎ english version


Commençons par le début, quel a été ton parcours ?

J’ai grandi à Hanoï, dans le nord du Vietnam. J’ai déménagé à Saigon il y a 10 ans, pour y trouver plus d’opportunités professionnelles. Ça résume d’ailleurs bien la différence entre les deux villes : Hanoï est plus calme, tandis que Saigon offre une vie bien plus trépidante. 
J’ai suivi une formation de design graphique…que je n’ai pas terminée. Les professeurs sont mal formés, et aux antipodes de la modernité. Ca ne fait que 5 ou 6 ans que le design graphique est possible au Vietnam, et je ne sais pas vraiment comment les professeurs ont été formés. Bref, j’ai préféré expérimenter de mon côté pour continuer à me former ! 

« J’ai suivi une formation de design graphique…que je n’ai pas terminée. Les professeurs sont mal formés, et aux antipodes de la modernité. »


Comment as-tu fait évoluer ta formation de designer graphique ?

Je me suis concentré sur l’exploration de différents supports. J’aime innover dans la forme, que ce soit par le biais d’installations, de nouveaux médias ou encore en mixant le digital et le physique, pour obtenir un résultat expérimental. Je peux utiliser l’imagerie lenticulaire, la caméra Kinect, comme m’exprimer sur une toile blanche.



Comment gères-tu la censure, très présente pour les artistes au Vietnam ?

J’ai une approche différente suivant les messages que je veux délivrer. Quand je sais que je vais pouvoir exposer dans des endroits privés ou moins accessible au grand public, je me permets de travailler sur des sujets plus politiques. Ici, c’est encore impossible aujourd’hui d’exposer officiellement des œuvres remettant en question la société et le gouvernement vietnamiens. Je ne peux donc malheureusement pas diffuser ces œuvres sur internet par exemple !


En dehors des sujets politiques, quelles sont les inspirations qui t’animent pour créer ?

Plusieurs sujets m’inspirent. Le système planétaire et l’effet de l’Homme sur celui-ci, la relation entre l’Homme et son environnement… ce sont des sujets qui m’ont beaucoup inspirés et que j’explore et j’expose dans mon tumblr (ici).
Par exemple, j’ai travaillé autour de l’impact des constructions urbaines de l’Homme sur la planète.

« La prolifération des buildings transforme la Terre, comme une arme venant détruire les autres planètes. »



Sur un autre projet, j’ai travaillé autour des « richesses » créées par l’Homme. L’Homme est ce qu’il est et pense que tout ce qu’il créé est étincelant de beauté. Le projet s’appelle « Les diamants du créateur » et se traduit par une affiche imprimée en imagerie lenticulaire, une installation et un poème. L’ironie du projet est de regarder les gens mettre la tête dans les toilettes pour regarder des diamants dont ils ne connaissent pas l’origine.
L’installation était accompagnée du poème suivant :

« Si j’étais le créateur, je ne voudrais pas seulement transformer le plomb en or.
Je voudrais aussi transformer mon urine en diamants étincelants.
Et parce que je suis le créateur, je sais que tout a sa propre beauté.
Cette beauté est étincellante dans les envolées de mon imagination. »



Un autre sujet qui m’inspire énormément sont les souvenirs d’enfance. Comment peut-on les percevoir aujourd’hui ? J’ai réalisé quelques projets sur ce thème, dont l’installation appelée « L’infini dans le fini ». Enfant, j’étais fasciné par le reflet de la pleine lune dans l’eau du puits chez mes parents. J’ai travaillé autour de ce souvenir, pour savoir comment retrouver cette sensation aujourd’hui, de voir l’infini en mouvement, dans un espace fini, fixe.

« Voir l’infini en mouvement, dans un espace fini et fixe. »



Justement, en parlant de souvenirs d’enfance, peux-tu nous parler de Con Streetwear, marque tu as fondée ?

J’ai créé cette marque pour m’exprimer de manière différente, sur des supports du quotidien, reproductibles et divers. Et pour gagner un peu d’argent pendant mes études. Toute la symbolique de ce projet est tournée autour de l’enfance et des traditions vietnamiennes travaillées de manière actuelle. D’ailleurs, je sais que le mot « Con » en français peut être mal interprété ! Mais ça veut dire « enfant » en Vietnamien et pas autre chose !
J’adore comprendre l’histoire de l’art et les traditions pour pouvoir créer de nouvelles choses, joyeuses et dynamiques. Je pense que la jeunesse vietnamienne actuelle est trop concentrée sur la culture mainstream, inspirée de l’occident, et qu’ils ne savent pas bien comment concilier leur héritage avec une vie moderne.

« Je sais que le mot “CON” peut être mal interprété en français. Mais ça veut dire “ENFANT” en vietnamien, et rien d’autre ! »




« La jeunesse vietnamienne est trop concentrée sur la culture mainstream, inspirée de l’occident. Ils ne savent pas bien comment concilier leur héritage avec une vie moderne. »


D’où vient le symbole de la marque ?

Le symbole est directement repris d’une icône traditionnelle de Dong Ho que j’ai choisie pour son côté humain et optimiste. Je l’ai twisté pour le renouveler suivant les codes de la pop culture actuelle.

Les peintures de Dong Ho sont des œuvres populaires, lourdes de symboliques et croyances vietnamiennes. Ici, l’enfant est heureux et caresse un animal : poulet ou canard, chaque animal a sa symbolique, que ce soit la prospérité, la chance ou la fertilité par exemple.


Quels sont les produits que tu as développés pour Con Streetwear ?

J’ai commencé par développer des vêtements, simples, pour pouvoir travailler sur le visuel et la déclinaison du symbole. Je développe actuellement des accessoires pour pouvoir m’exprimer différemment.

J’ai inséré un autre symbole de la culture vietnamienne en ajoutant au personnage un bandana rouge : celui que tous les élèves vietnamiens doivent porter à l’école primaire. Je l’ai détourné pour exprimer tous les stades de la croissance, jusqu’à le porter façon street.

« J’ai détourné le bandana de l’écolier vietnamien, jusqu’à le porter street. »



J’aime explorer cette relation entre l’enfance, les traditions et notre vie actuelle. J’ai développé “Paper Draft” : une pochette d’ordinateur sur laquelle j’ai détourné les codes de l’école au Vietnam, façon street.




Le mot de la fin ?

Hyper fier que les articles Con Streetwear aient été choisis pour représenter la jeunesse vietnamienne dans le dernier clip d’Isaac Delusion !






︎

La pochette d’ordinateur :
Mark
2018 ©presque ︎  ︎  ︎  CGV CGU ︎Paris