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toan doan, cartes et propagande



Tuan Vu et Anh Hoang Vu ont développé un jeu de cartes qui représente les 5 classes sociales du Vietnam selon eux. Truffé de symboliques vietnamiennes, ils ont prêté attention à chaque détail et peaufiné leur discours pour un lancement dans les règles de l’art.





Entretien avec
Tuan Vu &
Anh Hoang Vu

10.10.2018



Tuan, toi qui es à l’origine du projet : d’où t’es venu l’idée ?

Je faisais des études de finance et je m’ennuyais. J’ai voulu travailler sur un projet annexe pour m’occuper ! J’adore la magie et j’ai beaucoup d’amis magiciens, qui manipulent les cartes : alors pourquoi ne pas créer un jeu de cartes ? Petit projet, à première vue simple, qui n’allait nécessiter que quelques mois de développement.
J’ai donc convaincu mon cousin designer – Anh - de se lancer dans cette « petite » aventure avec moi. Sauf que... On a mis 2 ans et demi pour sortir notre jeu de cartes ! C’était notre premier projet de ce type et je crois que l’on forme une équipe assez perfectionniste…




Qu’est-ce qui a pris le plus de temps dans ce projet ? La recherche de l’esthétique ?


Tuan : Oui, car on a commencé par faire beaucoup de recherches sur la culture vietnamienne, sur l’histoire de la société, des différentes communautés et des discours du gouvernement envers le peuple.
Anh : Ces recherches nous ont beaucoup inspirées. On a voulu travailler autour de chaque classe sociale vietnamienne. On l’a abordé avec une esthétique de propagande, twistée façon moderne pour parler à toutes les générations.

« En regroupant chaque classe sociale dans un même jeu de cartes, on a voulu les connecter et montrer qu’ensemble, elles forment un tout, quelque chose d’unique qui compose la société vietnamienne. »


Comment l’avez-vous représenté sur les cartes ?

Tuan : On a hésité, puis on a fini par prendre la décision d’exprimer cette idée en changeant les personnages du roi, de la reine, du valet et du joker. On n’était pas à l’aise avec l’idée de changer les figures traditionnelles, mais finalement, avec le recul, on est fier de l’avoir fait.
Anh : Nous avons donc représenté 5 nouvelles classes sociales : l’universitaire, le travailleur, l’agriculteur, le soldat et en joker le financier. Toutes ces classes socialistes sont très différentes les unes des autres. Néanmoins, en les regroupant dans un même jeu, on a voulu les connecter et montrer qu’ensemble, elles forment un tout, quelque chose d’unique qui compose la société vietnamienne.





Quel(s) autre(s) symbole(s) vietnamien(s) avez-vous glissé(s) dans ce projet ?

Anh : Le rouge ! Evidemment ! C’est la couleur populaire du Vietnam. Celle du drapeau, celle du communisme… mais aussi celle de la chance. Pendant la fête du Têt, fête très populaire ici, on glisse de l’argent dans une enveloppe rouge pour la donner en offrande. En faisant ça, tu as plus de chance d’avoir de la chance !
Tuan : Dans la même idée, emballer un cadeau dans une boîte rouge, c’est comme offrir de la chance. Alors notre jeu de carte, forcément, est emballé dans une boîte rouge ! Et il y a un petit clin d’œil sur la boîte : le rouge est embossé pour le mettre en avant, alors que le noir est débossé !

« Les imprimeurs sont toujours en formation ici ! Ils n’ont accès à des imprimantes très sophistiquées que depuis quelques années seulement. Et ils n’en ont pas encore la maîtrise. »


En parlant d’impression, avez-vous tout fait faire au Vietnam ?


Anh : Oui et c’était un challenge. Les imprimeurs sont toujours en formation ici ! Ils n’ont accès à des imprimantes très sophistiquées que depuis quelques années seulement et n’en ont pas encore la maitrise. On a montré notre projet sur un écran à un imprimeur qui a immédiatement adhéré au projet. Il a bien voulu se mettre au défi de le réussir ! Il apprenait ce qu’on lui demandait de faire au fur et à mesure.

Quel est le plus important pour vous dans ce projet ?

Tuan : Pour nous, il s’agit de développer des cartes ludiques pour inciter au jeu en famille. Au Vietnam, il n’y a pas beaucoup de parents qui jouent avec leurs enfants. On veut faire bouger les choses !
Anh : Et c’est aussi un joli cadeau souvenir (rouge !) pour les étrangers, une image complète de la société vietnamienne.

« Au Vietnam, il n’y a pas beaucoup de parents qui jouent avec leurs enfants. On veut faire bouger les choses. »


Quelle est votre ambition par la suite ?

Tuan : Au début, c’était juste un projet, mais maintenant on a envie d’aller plus loin. On voudrait continuer à créer de nouveaux jeux de cartes et participer au développement de loisirs de qualité au Vietnam. On voudrait bien sûr être présent dans les concepts stores, mais aussi dans les magasins proposant des jeux pour l’éducation. Même si ce n’est pas notre message, il faut savoir que la distribution de jeux de cartes va être de plus en plus facile au Vietnam. Avant, les cartes étaient associées aux paris, aux jeux de hasards, interdits et non conformes à l’idéologie du pays ! Mais maintenant, le gouvernement commence à délivrer des licences pour des casinos.
Anh : Ce n’est pas notre cible et notre envie. Mais cela va vraiment changer les choses et nous faciliter la tâche. Les magasins accepteront plus facilement de revendre nos cartes !










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