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Vincent, tout pour les artistes



Vincent aurait voulu être un artiste. A la place, il aide les artistes par des collaborations simples mais efficaces. Il est l’un des premiers à avoir parlé de copyright au Vietnam. Quelle est la place de l’art au Vietnam aujourd’hui ?

entretien
avec Vincent

21.09.2018

︎english version


Par quoi veux-tu commencer Vincent ?
 

Par mon enfance ! L’histoire de Monosketch commence quand j’étais petit et que je voulais devenir un artiste. Enfant, j’ai participé à une compétition de dessin pour laquelle il fallait dessiner son futur métier. Je me suis dessiné en tant qu’artiste, dans un esprit très minimaliste. Je vous épargne le suspense… Je n’ai pas gagné !
S’en sont suivis plusieurs autres essais, sans succès. J’ai compris que si je ne pouvais pas être un artiste, alors je devais trouver un autre moyen de travailler dans ce milieu et m’épanouir.
J’ai choisi le business ! J’allais y trouver une autre façon de créer ainsi qu’un moyen de continuer à soutenir les artistes.

Vers quel domaine t’es tu dirigé pour continuer à travailler avec les artistes ?

En 2014, j’ai trouvé un stage dans une librairie. On vendait des livres dans lesquels participaient des artistes locaux. A cette période, le Vietnam commençait vraiment à s’ouvrir à l’international. Le paysage de l’art changeait doucement, avec la nouvelle génération. Mais rien n’était protégé par du copyright ! Tout était en libre-service, libre utilisation !
J’ai proposé à mon responsable d’être les premiers à développer un concept de collaborations exclusives pour travailler avec des artistes : une relation gagnant-gagnant avec de l’art protégé. Sa réponse ? Je me suis fait virer. Il n’était pas prêt !


« J’ai proposé à mon responsable de travailler avec du copyright pour les artistes. Sa réponse ? Je me suis fait virer. Il n’était pas prêt ! »



Mais tu n’as pas lâché l’idée pour autant ?

Effectivement, cette notion d’exclusivité et de protection du travail des artistes, c’est très important pour moi. Il faut que les artistes soient reconnus ! Donc,la même année, en 2014, j’ai développé un premier projet simple et accessible autour des coques de téléphone. J’y ai intégré de l’art en collaborant avec des artistes pour les décorer et les vendre à des entreprises. Échec ! À court de trésorerie, j’ai dû tout fermer. Soit c’était encore trop tôt, le marché n’était pas prêt, soit la coque de téléphone n’était pas le bon support.





Tu t’es relevé de cette expérience, en ayant appris beaucoup de choses. C’est à ce moment là que Monosketch est né ?

Exactement ! J’ai repensé le projet en ajoutant une touche de craft : l’artisanat moderne est une tendance balbutiante au Vietnam. C’est tout petit encore ici, et la plupart des gens ne comprennent pas encore l’intérêt de l’artisanat de passion ou de l’art. J’ai donc choisi comme support un objet qui me tient à cœur : le carnet, fait et cousu main. C’est un objet emblématique pour moi. Ce sont sur ces pages que beaucoup d’œuvres, beaucoup de projets naissent. On écrit, on schématise, on esquisse, on griffonne…

« La plupart de gens ici ne comprennent pas encore l’intérêt de l’artisanat de passion ou de l’art »


Petite parenthèse, d’où vient le nom Monosketch ?

Mono : unique + Sketch : l’esquisse, la première étape de toute création = Monosketch !





En quoi consiste Monosketch ? Tu réalises des carnets à la main ?

Oui, Monosketch est cette alliance entre le craft et l’art. Je réalise tous les carnets à la main, dans mon studio-boutique à Saigon, devant les clients.
Je collabore avec des artistes vietnamiens pour réaliser une œuvre qui sera imprimée sur la couverture. Evidemment, ce sont des œuvres réalisées exclusivement pour Monosketch et elles sont déposées. Je mets l’artiste et son travail en avant, et je le commissionne sur les ventes : c’est un modèle assez nouveau au Vietnam.

Je vends en ligne, dans mon studio-boutique et à des boutiques en Asie. Je développe aussi des collections spéciales pour des grandes marques asiatiques.

« Je réalise tous les carnets à la main, dans mon studio-boutique à Saigon, devant les clients. »


Et demain ? Quelle est ton ambition pour Monosketch ?

Ma volonté globale est d’éduquer autour de l’art, autour des artistes et de leur travail sur un marché vietnamien encore très friand de productions industrialisées. J’en suis à la deuxième étape d’une stratégie en trois temps.

Temps 1 : Le développement de la communauté de créatifs, maintenant composée de plus de 40 artistes (dont 3 internationaux).

Temps 2 : Former, diffuser le concept et l’élargir.

Aujourd’hui, les vietnamiens ne sont pas éduqués sur l’art, sur son intérêt et sa difficulté. Or, les artistes ont toujours une histoire à raconter et sont bien souvent motivés pour la partager et échanger avec les gens. Parti de ces deux constats, j’ai développé des ateliers. Les participants viennent écouter l’histoire de l’artiste. Ils le voient faire en direct puis essayent de créer eux-mêmes une œuvre avec la même technique. C’est une manière particulièrement efficace pour sensibiliser les gens. Ils prennent alors toute la mesure de telles disciplines : leur difficulté et leur intérêt !
J’organise aujourd’hui mon 4ème workshop. Dans l’idéal, j’aimerais faire varier les techniques artistiques, pour couvrir un spectre plus large que l’illustration seule.

Temps 3 : Éduquer les jeunes générations d’artistes au Vietnam.

Je souhaite développer des cours plus élaborés pour accompagner les jeunes générations. Il nous manque aujourd’hui ici des accompagnements tangibles et modernes pour cette génération. Pour le moment, ils n’ont que youtube pour se former ! J’aimerais vraiment mettre en place une formation accessible, dans laquelle le partage d’expériences est clef, pour un domaine qui est encore nouveau au Vietnam.


« Pour le moment, ils (les jeunes artistes) n’ont que youtube pour se former ! »


On a flashé sur ta collaboration avec Lêrin, qui illustre les plats typiques du Vietnam. Tu pourrais nous en parler rapidement ?

La toute première fois que j’ai vu le travail de Lêrin, c’était sur Instagram, où il est très actif. J’ai été très impressionné par son travail d’aquarelle : une précision impressionnante ! Il se dégage quelque chose de particulier de ses œuvres. Il fallait que quelqu’un parle de lui, que son travail soit reconnu par plus de monde ! On s’est rencontré et on a décidé d’illustrer les plats typiques de chaque région du Vietnam et de les décliner sur des affiches, carnets, mini carnets et cartes postales.
On continue actuellement de manière intensive notre collaboration !





« Il fallait que quelqu’un parle de lui (Lêrin), que son travail soit reconnu par plus de monde ! »


On ne peut pas s’empêcher de te poser la question : en tant que femme entrepreneure, comment cela se passe-t-il au Vietnam ?

Ce n’est pas tous les jours facile ! Mais je me sens mieux, plus indépendante. J’embauche 30 personnes. La clef en interne c’est de n’embaucher que des personnes de confiance, à la bienveillance irréprochable. En ce qui concerne les fournisseurs ou les prestataires, je me dois de tout savoir. Je dois me former trois fois plus qu’un homme pour être traitée d’égal à égal lors de mes discussions et négociations. Je dois sans cesse montrer que je sais de quoi je parle et que je sais ce que je veux dans cette société encore très patriarcale où en dehors du foyer, c’est l’homme qui décide. Mais avec de la patience et de l’accompagnement, j’ai bon espoir que la société vietnamienne se réveille !


> Notre interview de Lêrin : son art, sa façon de faire

Un grand merci à Vincent et Lêrin pour leur accueil et leur très grande générosité !










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